LE DERNIER JOUR
D'UN CONDAMNÉ
 
Petite histoire de la peine de mort en France...
 
 
 
 
 
 
 
 
 

LE DERNIER JOUR D'UN CONDAMNÉ
Discours de Victor Hugo à l'Assemblée Nationale
 

Messieurs,

La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie.
Partout où la peine de mort est prodiguée la barbarie domine, partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne.
La peine de mort n’est ni exemplaire, ni utile, ni juste.
On tuerait au nom de la justice !...
La justice...
Cette idée entre toutes, Auguste et Vénérable.
Cette droiture rattachée aux profondeurs.
Ce mystérieux scrupule puisé dans l’idéal.
Cette chaste pudeur de l’impartialité inaccessible.
Cette pondération où entre l’impondérable.
Cette bonté sévère.
Cette résultante lumineuse de la conscience universelle.
Cette abstraction de l’absolu.
Cette vision du droit.
Cet éclair d’éternité apparu à l’homme.
Cette invitation sacrée du vrai qui illumine l’homme et le fait momentanément Dieu, cette entité céleste dont le paganisme fait une déesse et le christianisme un archange.
Cette figure immense qui a les pieds sur le coeur humain et la tête dans les étoiles.
Cette cime de l’âme.
Cette vierge...

Oh justice, est-il possible de t’imaginer debout sur la guillotine ?
Quand donc ceux qui lisent la Bible comprendront-ils la vie sauve de Caïn ?
Quand donc ceux qui lisent l’Évangile comprendront-ils le gibet du Christ ?
Quand donc prêtera-t-on l’oreille à la grande voix vibrante qui du fond de l’inconnu crie à travers nos ténèbres : Ne tue point !
Quand donc ceux qui sont en bas : juges, prêtres, peuples, rois s’apercevront-ils qu’il y a quelqu’un au dessus d’eux !
Républiques à esclaves, monarchies à soldats, sociétés à bourreaux !
Partout la force, nulle part le droit!
Ô les tristes maîtres du monde: chenilles d’infirmité, boas d’orgueil !
Oui, je le déclare, ce reste des pénalités sauvages, cette vieille et inintelligente loi du talion, cette loi du sang pour le sang, nous devons l’abolir définitivement !
Et je le déclare, le Christ lui aussi victime de la peine de mort devant ce gibet où il y a 2000 ans la loi humaine a cloué la loi divine !

Hommes, qu’avez vous fait ?

Quoi ! Vous ne vous êtes jamais penché sur l’inconnu ?
Où va cette âme ?
Que savez vous ?
Qui donc connaît les frissons de l’ombre ?
Il y a près de Paris un champ hideux : Clamart. C’est le lieux des fosses maudites, c’est le rendez-vous des suppliciés. Les squelettes y sont décapités et la société humaine dort tranquille !... Un cimetière fait par l’homme...

Tant que la peine de mort existera on aura froid et il fera nuit !

Je vous en prie
Au nom du progrès
Au nom de l’idéal
Plus de bourreaux
Plus d'échafaud

Mort à la mort!