CRITIQUE FRÈRES HUMAINS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

FRÈRES HUMAINS...
 
MARTINE LE COZ, Prix Renaudot 2001 :

François Villon, Alain Leclerc, Jean-Marc Doron, trois compères nous interpellent et trois regards nous scrutent à travers le personnage qui s’attelle devant nous à la besogne de vivre. Car l’essentiel est là: le vivre et le mourir, et dans l’intervalle, les métamorphoses de l’âge, le déploiement misérable de l’être. Sous la douleur rigolarde et l’intelligence féroce, l’interrogation majeure retentit : ”Larron, pourquoi es-tu pirate?” Ou, plus précisement : "Quelle est l’honnêteté de mourir ?” Celle d’aimer ? Sous les perversions et les diversions de l’existence, la droite ligne du destin court-elle vraiment ? Quelles possibilités, au juste, pour l’intégrité, pour la liberté? De l’époque de Villon à la nôtre, avant lui et après nous, entre les raisins de l’Eden et ceux de la Colère, les humains trinquent en frères à l’espérance. Seule l’expérience de la misère commune valide un réel douteux - pas besoin d’être maître en théologie : ils ont un savoir d’entrailles. On peut faire confiance à Jean-Marc Doron pour éclairer l’humain dans ses replis. Il le débusque, il le flaire, fiche en l’air la feinte sociale avec obstination, et son acolyte Leclerc jubile en servant la fable. Ces deux là, Doron, Leclerc, depuis le temps qu’ils travaillent ensemble, ils le savent depuis les profondeurs, que l’expérience est un péril : la complaisance, c’est le contraire de la fraternité.

JACQUES FOURNIER - Maison de la poésie - Saint Quentin en Yvelines - Juillet 2003 :

En 2002 Alain Leclerc nous avait emballé avec un bouleversant Dernier jour d'un condamnéd’après V. Hugo.
Cette fois, il est Villon.
Le 5 janvier 1463, le Tribunal de Paris commue la pendaison à laquelle François Villon avait été condamné en une peine de bannissement de dix ans de la ville de Paris. Le 8 janvier Villon disparaît sans laisser de trace pour ne plus reparaître. C'est ce Villon d’avant l’exil, révolté, remonté contre la société, les faux-semblants, les hypocrisies, contre les prélats et les seigneurs que nous donne à voir ce magistral comédien qui n’a peur de rien, et surtout pas de se mettre en danger. Ainsi fut Villon, délinquant, clairvoyant, en avance sur son époque dont la structure sociale n’est pas si éloignée de la nôtre. N’y a t-il pas autant de vices à dénoncer en notre début de siècle qu’il y en avait au milieu du XVe ? C’est là que réside toute la force de ce spectacle, tant dans le jeu que dans l’adaptation des écrits extraits du Testament. Un Villon tout à la fois de son époque, avec son cortège de personnages pittoresques (prostituées évoquées avec délectation) et d’adresses à Dieu même, et en avance sur son temps, avec son train de dénonciations des comportements.
Villon n’était pas un ange, loin s’en faut, et s’il ne cherche jamais d’excuses à ses actes répréhensibles aux yeux de la loi, il sait les justifier au regard des dérives de ses contemporains, puissant de l’église ou de l’état.
Ce spectacle est bien une adresse sans concession à l’humanité, et le titre (un vers de Villon) s’en trouve amplement justifié malgré le risque d’une confusion avec le texte d’Albert Cohen : Ô vous, frères humains (titre emprunté à Villon).

PHILIPPE MARTINET - Le Courrier :

...François Villon est incarné par le comédien Alain Leclerc qui entre dans la peau de son modèle avec une sorte de mimétisme génial. [...] On accroche tellement bien à ce personnage au délire percutant qu’on voudrait rester en sa compagnie plus longtemps. Mais le spectacle s’arrête au bout d’une heure. C’est son seul défaut.
JEAN-BAPTISTE LEDYS - Nouvelle République du Centre-Ouest :

Alain Leclerc, qui s’est glissé, pour cette pièce, dans la peau, la veste et le chapeau du poète maudit, interprète avec passion cet homme dans un tel moment intimiste. Il hurle, il geint, il ricane, reprend à quelques occasions les scènes grossières des comédies de l’époque, avant de flirter avec l’intensité de la tragédie. Le texte de Jean Marc Doron vibre à merveille entre l’immoralisme et la foi religieuse profonde.