CRITIQUE
FERME DES ANIMAUX
 
Nouvelle République
du 21/07/2007
 
 
 
 
 
 
 
 

FERME DES ANIMAUX

 

Drôle à force de cynisme et grave par le sujet, le Théâtre dans la Nuit fait sensation avec son adaptation mordante de La Ferme des animaux.
Un bon moyen de dénoncer le totalitarisme.
Une vraie réussite.

Drôle de crèche ... Grinçante, caustique et surtout tellement vraie. Un peu ours au naturel, Jean-Marc Doron, qui aurait bien sa place à Avignon avec son adaptation réussie de La Ferme des animaux d'Orwell, donne un bon coup de patte aux dictatures. Il revêt le masque du cochon qui avec ses congénères et les autres animaux, fait la révolution pour se débarrasser de l'ennemi : le fermier. Tout doit aller pour le mieux, promettent-ils ! Des lendemains qui chantent, des décisions prises en commun, la démocratie... Très vite, les cochons gardent le pouvoir avec un cynisme et un art du mensonge qui, malgré tout, fait rire. Les moutons suivent, normal. Finalement les animaux triment encore plus que du temps du fermier.

S'il montre avec finesse les mécanismes d'une prise de pouvoir, le metteur en scène sait faire place à l'émotion avec la scène de la mort du naïf et besogneux cheval, Malabar. Par aveuglement, il va jusqu'à se tuer à la tâche. Seuls l'âne, la biquette et le corbeau (plus malin que celui de La Fontaine) ne sont pas si bêtes... Mais gare aux deux cabots qui, en rangers, imperméables et chapeaux noirs façon gestapo, mordent lorsque les cochons le demandent.

Des voix bien travaillées sous les masques.

Une guerre des chefs se dessine chez les camarades cochons. Le gras Napoléon prend le pouvoir et l'emporte sur Boule-de-neige, comme Staline sur Trotski. Les dialogues font mouche : "Pas de culte de la personnalité. C'est anti-révolutionnaire et anti tout court" dit un cochon. "Alors, vive les cochons !", répond un animal. "Ah, ça, c'est bien" se réjouit le porc.

Parce qu'il ne peut pas s'en empêcher, Jean-Marc Doron fait quelques clins d'œils à l'actualité du "travailler plus pour gagner plus", à la ferme. Il parle de cochons programmés "génétiquement" pour commander. Pour autant, sa pièce ne donne pas dans un anti-Sarko qui n'aurait rien à faire là. La réussite tient à la mise en scène énergique, à une action soutenue qui monte toujours d'un cran dans l'horreur et qui fait qu'à aucun moment le spectateur ne s'ennuie. Les comédiens, qui portent des masques très réussis et vraiment effrayants, font passer beaucoup d'émotions par l'intonation. Brille Babille, le cochon dialecticien, toujours avec sa petite mallette d'apparatchik, parle d'une voix mielleuse pour ses mensonges d'État.
Des cochonneries décidément très humaines.

Raphaël CHAMBRIARD